La peinture de Christine Safa se déploie dans un espace intermédiaire, entre territoires vécus et territoires transmis. Artiste franco-libanaise, elle construit une œuvre où l’expérience personnelle se mêle à une mémoire héritée, façonnant un langage pictural fait de paysages mentaux, d’horizons mouvants et de formes architecturales épurées.
Une enfance entre France et Liban
Grandir entre la France et le Liban a inscrit très tôt la coexistence du paisible et du tragique au cœur de sa sensibilité. L’artiste évoque une enfance rythmée par les allers-retours, les étés passés au Liban, la douceur familiale, mais aussi l’omniprésence d’une violence politique dont elle n’a pas été actrice directe. « J’ai sûrement absorbé le chagrin de ma famille », confie-t-elle, décrivant une transmission émotionnelle silencieuse, diffuse, mais profondément structurante.
L’assignation au récit de la guerre
À l’entrée en école d’art, cette mémoire héritée devient un sujet presque attendu. En classe préparatoire puis aux Beaux-Arts de Paris, Christine Safa développe une iconographie explicitement liée à la guerre : enfants armés, images violentes, collages sur journaux, broderies. Cette période, marquée par une grande intensité émotionnelle, est cependant rapidement interrogée. « On m’a dit : tu n’es pas journaliste », se souvient-elle, soulignant la nécessité de déplacer son rapport au réel et à la représentation.
La découverte d’un regard poétique
La rencontre avec l’œuvre d’Etel Adnan agit alors comme une bascule. Elle découvre qu’un regard doux, poétique, non spectaculaire, peut porter une vérité tout aussi forte. « Un regard doux et poétique était suffisant », explique-t-elle. Cette révélation lui permet de s’autoriser une autre approche du Liban, non plus uniquement marquée par la violence, mais par la sensation, la lumière, le temps et la couleur.
Peindre comme un rituel
Chez Christine Safa, la peinture relève d’un geste profondément incarné. Nourrie par l’iconographie chrétienne, les fresques italiennes et la matière des murs anciens, elle affirme : « La peinture est un rituel. » L’usage de pigments bruts, de poudres de marbre, de surfaces préparées comme des murs confère à ses œuvres une dimension presque architecturale. La toile devient un lieu de dépôt du temps, un espace où la matière conserve la mémoire du geste.
Paysages intérieurs et formes essentielles
Maisons, arbres, montagnes, horizons traversent son œuvre de manière récurrente. Ces motifs ne relèvent pas de l’observation directe : « Je préfère peindre après coup. » La peinture naît de la mémoire, de la rémanence, de ce qui persiste après l’expérience. Les horizons rappellent ceux du littoral libanais, les maisons se confondent parfois avec des montagnes, les arbres projettent leurs ombres sur des façades silencieuses.
Retrouver la joie de peindre
Progressivement, la peinture de Christine Safa s’éloigne du récit pour affirmer une présence plus ouverte, plus joyeuse. « Rien de pire que de s’ennuyer de peindre », affirme-t-elle. Son travail actuel cherche à préserver une forme de fulgurance, à accepter l’inachevé, à laisser la couleur agir librement. Entre mélancolie et joie retrouvée, sa peinture devient un espace de réconciliation, où la mémoire n’est plus un poids mais une source.
FAQ
- Qui est Christine Safa ? Artiste peintre franco-libanaise.
- Ses thèmes principaux ? Mémoire et paysage.
- Influence majeure ? Etel Adnan.
- Peint-elle d’après photo ? Non.
- Place du Liban ? Centrale.
- Place de l’Italie ? Fondatrice.
- Style ? Entre figuration et abstraction.
- Matériaux ? Pigments, huile, aquarelle.
- Où expose-t-elle ? Galeries internationales.
- Recherche actuelle ? La joie du geste.

