Dans cette deuxième partie, Katharina Ziemke explique sa fascination pour les couleurs dont elle se sert pour créer l’ambiguïté dans ses peintures. Elle considère ces couleurs comme les notes d’une partition qui lui servent à composer ses dessins. L’artiste évoque les artistes qui ont pu l’influencer ou l’inspirer dans ce style tout à fait particulier.

“Je voulais réussir mais en même temps je voulais rester fidèle à moi-même et je n’ai pas vraiment suivi de mode.”

“J’aimais bien l’ambiguïté entre l’artificiel et le réel. Et j’ai commencé à peindre que d’après maquettes ou sculptures en essayant de les rendre naturelles.”

“J’ai pris des photos de gens ou de lieux réels pour essayer de leur donner un coté maquette.”

“Les lumière de la couleur sont pour moi comme des sons.”

“Je me suis intéressé aux gens qui voient des couleurs quand ils entendent des sons. C’est assez fou.”


In this second part, Katharina Ziemke explains her fascination for the colors she uses to create ambiguity in his paintings. She considers these colors as the notes of a score which she use to compose his drawings. The artist evokes the artists who have influenced or inspired in this quite particular style.

“I wanted to succeed but I wanted to remain faithful to myself. So I did not follow any trend.”

“I really loved this ambiguity between the artificial and the real. So I started to paint only from models or sculptures. And my goal was to make the paintings look like they were based on something natural.”

“I decided to take pictures of real people or places and tried to make them look artificial, like models.”

“The lights of color are like sounds to me.”

“I learned about people who see colors when they hear sounds. This is kind of crazy.”

Née en Allemagne du Nord, Katharina Ziemke agrandi dans une famille qui aimait les lettres. Son père, éditeur, lui a donné le goût de la littérature et de la peinture classique russe dont elle réalise des copies encore enfant. Attirée par la philosophie qu’elle découvre en apprenant le latin, elle se rend à Paris et subit un choc culturel. Poussée par la famille qui l’héberge et les souvenirs de sa grand-mère artiste ; elle s’inscrit à l’école des Beaux Arts.

“Ma grand-mère était artiste. Elle était peintre et elle faisait cette technique à la cire que j’utilise aujourd’hui.”

“Je crois que j’ai été influencé par la luminosité de la cire.”

“Mon père a étudié le russe et nous avions beaucoup de livres sur la peinture russe. J’ai fait des copies de ces peintures. D’abord à l’aquarelle et après à l’huile.”

“C’était très étranger pour moi de voir des artistes contemporains. Mais c’était en même temps fascinant parce que je ne comprenais pas ce que c’était. Il y avait une sorte d’énigme assez fascinante.”

“Je me souviens d’oeuvres de Thomas Schütte que j’aime beaucoup maintenant. […] Je crois que ça a pu m’influencer même si je l’ai pas compris à l’époque.”

Au lycée, “Mon cours d’art n’était pas très intéressant. J’étais un peu déçue car je voulais m’exprimer mais il y avait toujours un sujet  auquel il fallait répondre. Ça m’ennuyait.”

“J’ai pensé que je pouvais devenir professeur de latin.”

“Ils m’ont dit “Tu devrais faire les Beaux Arts.” Je crois que je n’aurais jamais fait cette démarche de moi-même.”


Born in northern Germany, Katharina Ziemke was raised by a family that loved literature. His father, as a publisher, gave her the taste for literature and Russian classical painting that she used to copy as a teenager. Attracted by philosophy that she discovered by learning Latin, she went to Paris had a cultural shock. Driven by the family that hosts her and the memories of her grandmother who was an artist; she enrolled in the National School of Fine Arts.

“My grandmother was an artist. She was a painter and she would the same wax technique I’m using myself today”

“I think I was influenced by the light of the wax.”

“My father studied Russian and we had a lot of books about Russian paintings. And I copied those paintings, first in watercolor then in oil.”

“It was very unfamiliar for me to see contemporary artists. But it was captivating at the same time because I did not really understand what it was. It was like a fascinating riddle.”

“I remember artworks from Thomas Schütte that I really like now. […] I think it inspired me even if I didn’t understand it at the time.”

In high school “art class was not interesting. I was disappointed because I wanted to express myself and there was always a framework and precise questions to answer to. It bored me “

“I thought I might teach Latin.”

“They told me “You should go to the National School of Fine Arts.” I think that without this advice I wouldn’t have thought about it myself.”

Philippe Baudelocque est un artiste français né en 1974 dans une famille de musiciens ouverte à la culture avec un père artiste animalier. Jeune adolecsent au moment où le hip-hop et le graffiti explosent en France, il fait ses premiers pas artistiques en taguant son pseudo, Fusion, lors de ses explorations urbaines. C’est en allant à New York où il rencontres les pionniers du street art qu’il réalise que cette culture n’est pas en phase avec sa philosophie. Il conserve la passion des dessins sur grande surface, des lettrages et de l’énergie de cette discipline pour se l’approprier et l’interpréter à sa façon.

C’est en 2009 qu’il tombe face à un mur noir, rue du pont aux choux, et qu’il décide de faire son premier dessin à la craie. L’animal cosmique qu’il réalise est alors photographié et fait le tour de la blogosphère, il a trouvé son style. Si les animaux sont très représentatif de son travail, c’est à la nature au sens large qu’il s’intéresse. La nature est pour lui notre univers, le cosmos et toutes les interactions qui en résultent.

“Quand le graffiti est arrivé, ce qui m’a beaucoup intéressé c’est l’énergie. C’était tellement différent de tout ce que je voyais.”

“Je participe à cette forme d’art mais à ma manière. C’est à dire que ce n’est pas spécialement le coté vandalisme de la chose qui m’intéressait. Je retenais juste l’expérimentation des lettres et des formes dans des endroits désaffectés.”

A propos de ses premiers dessins à la craie :
“Je n’étais pas du tout dans le sens à penser à tout. Pas du tout. C’est vraiment le prix. Avec un paquet de 10 ou 12 craie on peut faire un grand mur comme ça. J’étais pragmatique, c’était vraiment ça.”

“C’est là que j’ai pris conscience que je me sentais bien en faisant ça. Je ne marche sur aucun pied. Je suis chez moi. Je suis chez moi, tranquille, je parle de choses qui m’intéressent profondément et qui me touchent.”

“Je doute encore, de tout. Mais fondamentalement j’ai l’information. Quand je me connecte vraiment avec mon coeur, avec moi tout entier. C’est cet état où tout est calme, tout est limpide, où il n’y a strictement aucune pensée.”

P.M.


Philippe Baudelocque is a French artist born in 1974 into a family of musicians open to culture with a naturalist father. Young adolecsent when hip-hop and graffiti shot up in France, he made his first artistic steps by tagging his nickname, Fusion, during his urban explorations. When he went to New York, he encountered the pioneers of street art and realized that this culture was not in line with his philosophy. He retained the passion of drawing on large area, lettering and of the energy of this discipline and interpreted it in his own way.

It was in 2009 that he came across a black wall, rue du Pont aux Choux, and decided to make his first drawing with chalk. The cosmic animal he realized is then photographed and went around the blogosphere, he then found his style. If animals are very representative of his work, he is interested in nature in its wide sense. Nature is for him our universe, the cosmos and all the interactions that result from it.

“When I discovered graffiti what I really enjoyed was the energy. It was so different than what I was used to.”

“I get involved in the graffiti movement. But in my own way. Because I was not interested in the vandalism aspect of it. I was more into experimenting letters and shapes, in closed down places.”

About his first drawings with chalk:
“At that time I wasn’t thinking up everything. Not at all. It was really a matter of price.With a pack of 10 or 12 chalks, I could draw on such a big wall. The idea was as simple as that, pragmatic.”

“This is when I’ve been aware of how good I was feeling doing this. I wasn’t stepping on anyone foot. I feel at home. I’m in my house, quiet. I’m on something deeply interesting that moves me.”

“I still have doubts, on everything… But fundamentally, deep inside me I have the information. When I’m connected with my heart, my inner self. It is a state when everything is quiet and crystal clear. When you don’t think of anything.”

P.M.

Gonzalo Fuenmayor a réussi à s’affranchir des clichés de la peinture latino-américaine tout en gardant ses racines Colombienne. Né à Barranquilla au nord de la Colombie, il a étudié l’art à New York puis à Boston où, seul immigré, ses camarades attendaient de lui une peinture flamboyante et colorées. Ce qui se traduisait dans ses premières oeuvres:

“J’étais le peintre qui utilisait une palette colorée, faisant de moi le latino qui se démarquait des autres”.

Il était même connu sous le pseudo de Banana Man car ce fruit était présent dans la plupart de ses dessins. Fatigué de faire ce qu’on attendait de lui, de “s’exotiser lui-même”, il a supprimé la couleur de son travail pour ne s’exprimer qu’en noir et blanc, en utilisant le fusain. Un manière pour lui d’engager le dialogue par l’image plutôt que par un schéma de couleur associé à sa culture. La banane, qu’il conserve, devient le symbole de la violence que son pays a connu au début du XXème siècle. Il se réfère notamment à Gabriel Garcia Marquez et son roman Cent ans de Solitude qui évoque le Massacre des bananeraies de 1928. Ses dessins nous rappellent cette période où l’entreprise américaine United Fruit s’est installée en Amérique centrale. Une aubaine économique à double tranchant qui a à la fois enrichi le pays et semé le trouble dans le milieu ouvrier. Un sujet qui a touché plus d’un artiste. On est transporté dans de vastes pièces richement décorées dans un style victorien où l’on sentirait presque le cigare et le rhum. Un confort perturbé par un bananier invasif qui provoque l’embarras. Ou encore des références au rêve américain : super héros, business men ou logos de studios hollywoodiens détournés pour dénoncer leur promesse illusoire.

“Mon travail est à propos de l’anxiété provoquée par le fait d’être un étranger qui ne vit pas dans son pays.”

Gonzalo Fuenmayor vit désormais à Miami, peut-être une façon d’avoir moins le mal du pays et d’être moins influencé par son statut exotique.

P.M.


Gonzalo Fuenmayor managed to overcome the stereotypes of Latin American painting while keeping his Colombian roots. Born in Barranquilla in northern Colombia, he studied art in New York and in Boston where, being the only immigrant, his comrades expected from him flamboyant and colorful paintings. Which resulted in his first works:

“I was the painter using colorful palette that made me the latin american sort of standing out in the crowd”

He was even known as the Banana Man because the fruit was present in most of his drawings. Tired of what was expected from him, of “exoticizing himself”, he removed the color from his work shifted to black and white, using charcoal. A way for him to engage the conversation with imagery rather than with a color scheme associated with his culture. The banana, that he kept in his work, is the symbol of the violence that his country had experienced in the early twentieth century. He is referring in particular to Gabriel Garcia Marquez and his novel One Hundred Years of Solitude that evokes the Banana massacre in 1928. His drawings remind us of a time when the American company United Fruit settled in Central America. A double-edged economic godsend that has both enriched the country and caused confusion among the workers. A topic that has affected more than one artist. We are then transported in large rooms elaborately decorated in Victorian style where one could almost feel the cigar and rum. A comfort disturbed by invasive banana tree that causes embarrassment. Or references to the American dream: superheroes, businessmen or Hollywood studio logos diverted to denounce their illusory promise.

“I’m making work about the anxiety of being from another country and living in another.”

Gonzalo Fuenmayor lives now in Miami, maybe a way to be less homesick and to feel less influenced by his exotic state.

P.M.

Les collectionneurs et le Whitney Museum s’arrachent les œuvres de cette artiste canadienne de 31 ans vivant dans le Lower East Side à New York, un brin excentrique mais archi-douée. Mèche blonde tombante sur ses lunettes noires d’intello, Aurel Schmidt a une silhouette aussi reconnaissable que son art avec ses immenses dessins mixant pop culture, fluides corporels, (crayons de couleurs mais aussi sang, poils etc.), et humour.

De sa série « Drug Voodoo Dolls » en 2010 à la dernière présentée à la Half Gallery « Blast Furnace of Civilization », le diable se niche dans des détails très étudiés perdus dans des compositions à la Arcimboldo : derrière un déluge de fleurs ou dans les poils de bêtes fantastiques, on trouve par exemple des cigarettes, des vers comacs, des Budweisers ou du Coca, des dollars, des préservatifs ou des cafards. Perfectionniste, Aurel Schmidt produit peu car chacun de ses dessins lui demande des centaines d’heures de travail. Ce faisant, elle a un discours quasi-politique sur la surproduction, les dérives cinglées de notre époque ou le capitalisme perçu comme une nouvelle religion. Dessinant des chérubins au corps en poulet et en étoiles posent en Converse ou un magma immense de détritus elle ose, comme Baudelaire avant elle, trouver le Beau dans l’ordure, une mystique dans le déchet.

D.V.


Collectors and the Whitney Museum snapped the works of this 31 years old Canadian artist living in the Lower East Side in New York, an eccentric but so talented. Wiith a blond wick falling on his dark nerd eyeglasses, Aurel Schmidt is as recognizable as her art with its huge drawings mixing pop culture, weird body fluids (crayons but also blood, hair etc.), and humor.

From her 2010 series “Drug Voodoo Dolls” to the last presented at the Half Gallery “Blast Furnace of Civilization,” the devil is in very studied details often lost in Arcimboldo compositions behind a deluge of flowers or in fantastic beasts hairs : for example, cigarettes, to comacs, the Budweisers or Coca, dollars, condoms or cockroaches. Perfectionist, Aurel Schmidt produce little because each of her drawings asked hundreds of hours of work. In doing so, she has a quasi-political discourse about overproduction, wacky excesses of our time or capitalism seen as a new religion. Drawing cherubim body chicken and stars pose as Converse or a huge magma trash dare she, like Baudelaire before it, finding the Beau in filth, a mystic in the waste.

D.V.