Êtes vous déjà tombé amoureux d’une silhouette, d’un geste, d’une posture? N’avez vous jamais cru reconnaître un ami de dos ou de loin d’après sa démarche? C’est ce que l’artiste israélien Gideon Rubin met en évidence dans ses peintures dont la simplicité n’est qu’une apparence. Marqué par la tragédie du 11 septembre dont il a été le témoin et ne pouvant plus s’atteler aux portraits qu’il faisait précédemment, il s’est mis à peindre de vieux jouets en bois ou des poupées qui avaient perdu leurs yeux, leur bouche, leur expression… Depuis qu’il a repris le portrait, il s’inspire de vieux annuaires d’écoles et de photos datant de la fin du 19ème et du début du 20ème siècles. Ses peintures représentent souvent des enfants, des adolescents qui renvoient à la mémoire de chacun : les premiers émois à la vue d’une fille allongée sur la plage, la première fois qu’on se tient la main, les premières tentatives de pose devant un appareil-photo ou l’envie d’apparaître plus adulte… “En laissant le visage sans expression, j’espère laisser une ouverture pour l’observateur, une sorte de porte, lui permettant d’y projeter ses souvenirs.”

P.M.


Have you ever fallen in love with a silhouette, a gesture or a posture? Have you ever thought you recognized a friend from behind or from his gait? This is what the Israeli artist Gideon Rubin highlights in his paintings of an apparent simplicity. Affected by the 9/11 tragedy he witnessed and unable to represent the portraits he did at that period, he began to paint old wooden toys or dolls who had lost their eyes, their mouths, their expression … Since taking over the portraits, he is inspired by old school yearbooks and pictures dating from the late 19th and early 20th centuries. His paintings, often depicting children dive us into our own memories: our first emotions at the sight of a girl lying on the beach or when we hold her hand, our first attempts to pose in front of a camera or our desire to appear more adult like our father or our mother … “By leaving the face blank, I hoped the viewer was left with an opening, a sort of a door, allowing the viewer to project his own memories.”

P.M.

En plein Caucase, en bord de mer Caspienne, l’Azerbaïdjan a longtemps été l’objet de conflits mais a surtout été au croisement des cultures Islamiques, Perses et Européennes. Le tapis traditionnel azéri, qui fait partie du patrimoine culturel de l’UNESCO, est le fleuron de l’artisanat du pays ; sa technique de fabrication n’a pas changé depuis des siècles.

L’artiste Faig Ahmed poursuit cette tradition tout en la confrontant au monde contemporain. Dès l’enfance il jouait sur ces tapis qu’il considérait comme des univers à part entière dont les motifs étaient un coup des arbres, des routes ou des dragons. Ces motifs et ornements sont pour lui un language que chacun peut interprété. Lui même les découpaient pour les transformer… Aujourd’hui il utilise des logiciels pour concevoir ses tapis sur ordinateur, puis il en confie les impressions à des tisserands locaux qui reprennent les techniques et les matériaux utilisés depuis 300 ans.

Pour lui, la symétrie des tapis traditionnel “apporte une stabilité. Tout le reste dans la vie est instable : la nature, la société… mais les tapis ne changent jamais, c’est pour cela que tout le monde garde un lien avec eux. J’ai choisi de travailler avec des tapis car ils symbolisent la stabilité et des principes immuables ; ce qui les rendait difficile à transformer en oeuvre contemporaine, un acte qui signifie une pensée libre.” Ses oeuvres illustrent peut-être son désir de réunifier le monde moderne avec celui de ses ancêtres. Ou alors est-ce une critique? Le pétrole étant à la fois le moteur économique du pays et l’ornement de nombreuses de ses pièces.

P.M.


Right in the Caucasus on the Caspian seaside, Azerbaijan has long been the subject of conflicts but has also been at the crossroads of the Islamic, Persian and European cultures. The traditional Azeri carpet, designated Masterpiece of intangible Heritage by UNESCO, is the jewel of the country’s craft; its manufacturing technique has not changed for centuries.

The artist Faig Ahmed continues this tradition while confronting it to the contemporary world. From childhood he played on the rug he considered as full universe whose patterns were once trees, roads or dragons. These motifs and ornaments are for him a language that everyone understands. He even cut them at that time to transform them … Today he uses software to design carpets on computers and then leaves the impression to local weavers who use 300 years old techniques and materials.

For him, the symmetry of the traditional carpet “provides stability. Everything else in life is unstable: nature, the community and society, but carpets never change, that’s why everyone relates to them.  I choose to work with carpets because they symbolize stability and unshakeable principles, so it was a challenge to make them into contemporary art, which should be about thinking freely.” His works may illustrate his desire to reunify the modern world with the one of his ancestors. Or is it critical? Oil being both the country’s economic engine and the ornament of many of his pieces.

P.M.

Dans une époque où l’image règne, Ida Tursic & Wilfried Mille sont des ogres qui collectionnent, consignent et apprivoisent ce qu’ils trouvent sur internet, dans des films où ce qui les entoure ; ils ont classé plus de 140 000 images en dix ans. Ce duo de peintres français ne se contente pas pour autant de coucher sur la toile ce qu’il capture sur le web ou autour de lui. L’image peinte est comme un organisme qui doit avoir subi les traces du temps, qui doit raconter plus que ce qu’elle montre. Un tableau peut résider dans l’atelier en suspens car “il manque […] de la profondeur, la patine du temps, il lui manque le mystère, la complexité de l’événement, il lui manque son fantôme.” Ces artistes sont des physiciens qui expérimentent ; ils raclent leur palette pour récupérer les copeaux de peinture qui auront un jour, peut-être, une seconde vie ; agrandissent des clichés au point de n’en voir plus que des détails qui transforment leur toile en abstraction. Que ce soit en représentant des images pornographiques ou de petites fleurs des champs alentours, c’est la peinture “qui finira le travail, c’est elle qui aura de toute façon le dernier mot, avec ses imprévus, ses surprises, ses contradictions qu’il faudra accepter ou refuser.

P.M.


In a time where image reigns, Ida Tursic & Wilfried Mille are ogres who collect, record and tame what they find on the Internet, in movies or in surroundings; they have classified over 140 000 images in ten years. This duo of French painters is not contenting himself with painting on the canvas what he captures on the web or around him. The painted image is like a organism that must have suffered the traces of time, that should tell more than it shows. A painting can reside outstanding in the workshop because “it lacks […] of the depth, the patina of time, it lacks the mystery and complexity of the event, it lacks its ghost.” These artists are like physicists they experiment; they scrape their palette to recover the paint chips that will one day have, perhaps, a second life; enlarge snapshots at a point that we are unable to see more than details and thus transform their canvas into abstractions. Whether depicting pornographic images of flowers from surrounding fields, it is the painting “that will eventually do the job, that will anyway have the last word, with its unexpected, surprises, contradictions that we will have to accept or to decline. “

P.M.