Gonzalo Fuenmayor a réussi à s’affranchir des clichés de la peinture latino-américaine tout en gardant ses racines Colombienne. Né à Barranquilla au nord de la Colombie, il a étudié l’art à New York puis à Boston où, seul immigré, ses camarades attendaient de lui une peinture flamboyante et colorées. Ce qui se traduisait dans ses premières oeuvres:

“J’étais le peintre qui utilisait une palette colorée, faisant de moi le latino qui se démarquait des autres”.

Il était même connu sous le pseudo de Banana Man car ce fruit était présent dans la plupart de ses dessins. Fatigué de faire ce qu’on attendait de lui, de “s’exotiser lui-même”, il a supprimé la couleur de son travail pour ne s’exprimer qu’en noir et blanc, en utilisant le fusain. Un manière pour lui d’engager le dialogue par l’image plutôt que par un schéma de couleur associé à sa culture. La banane, qu’il conserve, devient le symbole de la violence que son pays a connu au début du XXème siècle. Il se réfère notamment à Gabriel Garcia Marquez et son roman Cent ans de Solitude qui évoque le Massacre des bananeraies de 1928. Ses dessins nous rappellent cette période où l’entreprise américaine United Fruit s’est installée en Amérique centrale. Une aubaine économique à double tranchant qui a à la fois enrichi le pays et semé le trouble dans le milieu ouvrier. Un sujet qui a touché plus d’un artiste. On est transporté dans de vastes pièces richement décorées dans un style victorien où l’on sentirait presque le cigare et le rhum. Un confort perturbé par un bananier invasif qui provoque l’embarras. Ou encore des références au rêve américain : super héros, business men ou logos de studios hollywoodiens détournés pour dénoncer leur promesse illusoire.

“Mon travail est à propos de l’anxiété provoquée par le fait d’être un étranger qui ne vit pas dans son pays.”

Gonzalo Fuenmayor vit désormais à Miami, peut-être une façon d’avoir moins le mal du pays et d’être moins influencé par son statut exotique.

P.M.


Gonzalo Fuenmayor managed to overcome the stereotypes of Latin American painting while keeping his Colombian roots. Born in Barranquilla in northern Colombia, he studied art in New York and in Boston where, being the only immigrant, his comrades expected from him flamboyant and colorful paintings. Which resulted in his first works:

“I was the painter using colorful palette that made me the latin american sort of standing out in the crowd”

He was even known as the Banana Man because the fruit was present in most of his drawings. Tired of what was expected from him, of “exoticizing himself”, he removed the color from his work shifted to black and white, using charcoal. A way for him to engage the conversation with imagery rather than with a color scheme associated with his culture. The banana, that he kept in his work, is the symbol of the violence that his country had experienced in the early twentieth century. He is referring in particular to Gabriel Garcia Marquez and his novel One Hundred Years of Solitude that evokes the Banana massacre in 1928. His drawings remind us of a time when the American company United Fruit settled in Central America. A double-edged economic godsend that has both enriched the country and caused confusion among the workers. A topic that has affected more than one artist. We are then transported in large rooms elaborately decorated in Victorian style where one could almost feel the cigar and rum. A comfort disturbed by invasive banana tree that causes embarrassment. Or references to the American dream: superheroes, businessmen or Hollywood studio logos diverted to denounce their illusory promise.

“I’m making work about the anxiety of being from another country and living in another.”

Gonzalo Fuenmayor lives now in Miami, maybe a way to be less homesick and to feel less influenced by his exotic state.

P.M.

Les collectionneurs et le Whitney Museum s’arrachent les œuvres de cette artiste canadienne de 31 ans vivant dans le Lower East Side à New York, un brin excentrique mais archi-douée. Mèche blonde tombante sur ses lunettes noires d’intello, Aurel Schmidt a une silhouette aussi reconnaissable que son art avec ses immenses dessins mixant pop culture, fluides corporels, (crayons de couleurs mais aussi sang, poils etc.), et humour.

De sa série « Drug Voodoo Dolls » en 2010 à la dernière présentée à la Half Gallery « Blast Furnace of Civilization », le diable se niche dans des détails très étudiés perdus dans des compositions à la Arcimboldo : derrière un déluge de fleurs ou dans les poils de bêtes fantastiques, on trouve par exemple des cigarettes, des vers comacs, des Budweisers ou du Coca, des dollars, des préservatifs ou des cafards. Perfectionniste, Aurel Schmidt produit peu car chacun de ses dessins lui demande des centaines d’heures de travail. Ce faisant, elle a un discours quasi-politique sur la surproduction, les dérives cinglées de notre époque ou le capitalisme perçu comme une nouvelle religion. Dessinant des chérubins au corps en poulet et en étoiles posent en Converse ou un magma immense de détritus elle ose, comme Baudelaire avant elle, trouver le Beau dans l’ordure, une mystique dans le déchet.

D.V.


Collectors and the Whitney Museum snapped the works of this 31 years old Canadian artist living in the Lower East Side in New York, an eccentric but so talented. Wiith a blond wick falling on his dark nerd eyeglasses, Aurel Schmidt is as recognizable as her art with its huge drawings mixing pop culture, weird body fluids (crayons but also blood, hair etc.), and humor.

From her 2010 series “Drug Voodoo Dolls” to the last presented at the Half Gallery “Blast Furnace of Civilization,” the devil is in very studied details often lost in Arcimboldo compositions behind a deluge of flowers or in fantastic beasts hairs : for example, cigarettes, to comacs, the Budweisers or Coca, dollars, condoms or cockroaches. Perfectionist, Aurel Schmidt produce little because each of her drawings asked hundreds of hours of work. In doing so, she has a quasi-political discourse about overproduction, wacky excesses of our time or capitalism seen as a new religion. Drawing cherubim body chicken and stars pose as Converse or a huge magma trash dare she, like Baudelaire before it, finding the Beau in filth, a mystic in the waste.

D.V.

L’art est souvent un combat, parfois avec soi même. Laurie Dasnois s’est retrouvée 47 jours dans le coma après un grave accident de la circulation et s’est réveillée hémiplégique droite. Les deux séries de 47 dessins qu’elle effectue deviennent une performance, une lutte pour se ré-approprier son outil, sa main droite. La première, Coma, représente des variations de palmiers parfois faits de mots : Frustration, Peur, Panique, Stress. Cette série dénonce l’ennui de l’individu dans la société et son “angoisse de passer à côté de sa vie. Alors il la rêve et s’imagine sous son palmier pour échapper à son quotidien.” La seconde série, Le Carnaval des morts-vivants, montre les visages des proches de l’artiste qui lui ont rendue visite pendant ces 47 jours. Ils portent chacun les expressions qu’elle pouvait avoir dans son sommeil.

P.M.


Art is often a struggle, sometimes with oneself. Laurie Dasnois found herself 47 days in a coma after a serious traffic accident and woke up right hemiplegic. The two series of the 47 drawings that she carries became a performance, a struggle and a reappropriation of her tool, her right hand. The first, Coma, represents variations of palm trees sometimes made of words: Frustration, Fear, Panic, Stress. This series denounces the boredom of the individual in society and his “anxiety of missing out on life. Then he dreams it and imagines it under his palm tree to escape everyday life.” The second series, The Carnival of the Living Deads, shows the faces of the artist relatives who visited her during those 47 days. Each bears the expressions she could have in her sleep.

P.M.

Avec toute une génération biberonnée à la culture mainstream, bombardée de clips, de pubs, de magazines et de blockbusters, le POP art est de retour. L’artiste Eric Yahnker s’engouffre dans la brèche sans filet et sans complexe. As du crayon, il dessine des pamphlets de 2 mètres de haut qui s’attaquent à la religion, à la politique, aux icônes et symboles américains d’aujourd’hui dans un réalisme bluffant. Il vit à Los Angeles, ville du pire et du meilleur : “Comme Monet qui allait dans son jardin pour trouver l’inspiration ; je pense que Hollywood, dans une certaine mesure, est ce que je vois quand je sors pour chercher l’inspiration.” Provocateur (ou authentique) et sans retenue, il a notamment été animateur pour le film South Park. Passé par une école de journalisme, il vénère les caricaturistes comme Paul Conrad, Prix Pulitzer du dessin de Presse, mais cite aussi Mel Brooks et Woody Allen comme références. Ses oeuvres offrent une double lecture, du simple impact visuel de ses dessins géants à leur signification et leur regard sur la société américaine. Peu importe notre perception tant qu’on le voit tel qu’il se définit : “politique, têtu, absurde, sarcastique, cérébrale, perverti, idiot avec un coeur fait de testicules en or.”

P.M.


With a bottle-feeded generation with mainstream culture, bombarded with clips, ads, magazines and blockbusters, Pop Art is back. The artist Eric Yahnker rushes into the breach without a net and without complex. Ace of the pencil, he draws 2 meters high lampoons that jeopardizes religion, politics, icons and symbols of today’s America with a stunning realism. He lives in Los Angeles, the city of the worst and the best, “like Monet going into his garden to find inspiration.  I guess Hollywood, to some degree, is what I see when I go outside looking for inspiration.” Provocateur (or genuine) and without restraint, he was animator for the South Park movie. Trained in a school of journalism, he worships cartoonists like Paul Conrad, Pulitzer Prize for editorial cartooning, but also cites Woody Allen and Mel Brooks as references. His works offer a double reading, from the simple visual impact of its giant drawings to their meaning and look on American society. Whatever our perception as long as we see his works as he defines himself “political, stubborn, absurd, sarcastic, cerebral, perverted, jack-ass with a heart of golden testicles.”

P.M.

 

Les grands dessins au crayon de la française Amandine Urruty nous plongent dans un univers où les sujets de Dürer, Richard Hamilton et Dalí pourraient croiser la Famille Addams, Bambi et quelques ectoplasmes pendant une nuit d’Halloween. Elle décrit son travail avec pas mal d’humour dans la bio de son site en ses termes : « Armée d’une solide technique du crayon, elle puisa son inspiration dans les tableaux de Jérôme Bosch et dans la lecture du Nouveau Détective, brassant dans son sillage les amoureux de symbolique alchimique et les adolescentes plantureuses (un peu) vulgaires. »

P.M.


The big graphite drawings of the French artist Amandine Urruty plunge us into a universe where the subjects of Dürer, Richard Hamilton and Dalí could rub their shoulders with the Addams Family, Bambi and few ectoplams during an Halloween night. She describes her work with a lot of humor in her bio on her website : « As she masters techniques of traditional drawing, Amandine Urruty offers us a cheerful gallery of deviant portraits, inspired by Hieronymus Bosch and the reading of the National Enquirer, associating grotesque outfits with baroque decorum which miraculously reconcile lovers of alchemistic symbolism to young ladies with too much make up. »

P.M.