Le photographe Jérôme Bryon est comme un enfant unique qui peut, tout seul, inventer un univers à partir de presque rien. Il a débuté sa carrière dans la publicité à rendre l’ordinaire beau. C’est après quelques voyages et quelques clichés dans les vastes paysages d’Australie et des Etats Unis qu’il trouve une nouvelle liberté de création. Il poursuit alors ce travail sur les paysages où l’homme n’a que très peu laissé son empreinte ; dans des territoires quasi vierges, dans une recherche d’isolement comme pour faire table rase de sa vie antérieure, se débarrasser de sa déformation professionnelle. Dans sa dernière série, “Grand Sud”, il est allé à coté de chez lui près de Montpellier sur des parkings d’hypermarché. Là, il donne au banal une nouvelle dimension : des coins de parking deviennent des paysages sans limite, des bouts de roche insignifiants se transforment en montagne. “La photograhie est tout simplement ma thérapie, mon divan. Plus je cultive ce terrain, plus je me sens  fort.” On comprend alors le titre de la monographie consacrée à son travail : Possibilité de Survie en Milieu Hostile.

P.M.


The photographer Jerome Bryon is like an only child who can, alone, create a universe with almost nothing. He began his career in advertising, making beautiful goods from common ones. It was after a few trips and a few shots in the vast landscapes of Australia and the United States that he found a new creative freedom. He then continued this work on landscapes where man has barely left his mark; in almost virgin territories, in search of isolation as to make a clean sweep of his former life, to get rid of his professional quirk. In his latest series, “Grand Sud”, he went near his home near Montpellier on hypermarket car parks. Here he gives the banal a new dimension: the parking corners become limitless landscapes, insignificant rock scraps turn into mountains. Photograhy is simply my therapy, my shrink couch. The more I cultivate this field, the stronger I feel.” We now understand the title of the monograph dedicated to his work : Survival Possibility in Hostile Environment.

P.M.

L’artiste plasticien thaïlandais Apichatpong Weerasethakul est davantage connu comme réalisateur. Considéré comme le plus brillant de sa génération dans son pays, il est reconnu internationalement après avoir remporté de multiples récompenses dont la Palme d’Or au Festival de Cannes en 2010. Nous découvrons dans cette première vidéo comment, né de parents médecins dans une petite ville du nord de la Thaïlande, il a pu trouver sa voie. Il nous explique pourquoi, voulant d’abord devenir vétérinaire, il a suivi des études d’architecture avant de devenir l’artiste et le cinéaste d’aujourd’hui.

“Je sais qu’ils auraient voulu que l’un de nous reprenne leur activité car ils avaient une clinique en ville. Mais ils ne m’ont jamais poussé à suivre cette voie. Même si la médecine a pu m’intéresser à une période. J’ai même voulu devenir vétérinaire. Et même dentiste…”
A propos de ses parents

“Les histoires de fantômes et la science-fiction. Ces genres ont l’air éloignés, mais pour moi font partie du même univers. Un univers magique et parfois intangible. J’adore cette notion qui n’est pas dans le présent mais dans les souvenirs ou dans le futur.”

“J’ai toujours pensé que le divertissement, que ce soit les films ou le théâtre, faisait partie de la théorie architecturale. J’ai donc fait mes études dans ce domaine et je me suis rendu compte que c’était un formidable processus d’apprentissage. Apprendre le cinéma à travers l’architecture, tout ce qui est lié au temps et à l’espace, est tout à fait pertinent.”

P.M.


The Thaï visual artist Apichatpong Weerasethakul is better known as a director. Considered the most brilliant of his generation in his country, he is internationally recognized after winning multiple awards including the Palme d’Or at the Cannes Film festival in 2010. We discover in this first video how, born to two doctors in a small city in northern Thailand, he was able to find his way. He explains why, wanting first to become a veterinarian, he studied architecture before becoming the artist and filmmaker we know today.

“I know they would have wanted one of us to take over their activity as they had a clinic in town. But they never pushed me to follow this path. Although medicine interested me in some point. I even wanted to become a veterinarian. And even dentist … “
About his parents

“Ghost stories and science fiction. These genres seem totally different, but for me they’re part of the same universe. A magical and sometimes intangible universe. I love this concept that is not present time but either in the memories or in the future. “

“I always thought that entertainment, whether it be movies or theater, was part of the architectural theory. So I did my studies in this field and I realized that it was a great learning process. Learn cinema through architecture, everything that is related to time and space, is very relevant. “

P.M.

Eric Pillot est un artiste au parcours surprenant. Ce photographe issu d’un milieu modeste a été diplômé de Polytechnique et a travaillé pour la Défense Nationale. Passionné par le jazz, il est batteur à ses heures perdues. Il redécouvre la photographie, que son père pratiquait en amateur, lors de vacances en Grèce. C’est une révélation. Il nous raconte ici comment il a quitté une voie royale avec un avenir garanti pour suivre sa passion.


Eric Pillot has a unconvetional path. This photographer from a modest background graduated from Polytechnique and worked for National Defence. Passionate about jazz, he is a drummer in his spare time. He rediscovered photography, that his father practiced as an amateur, during holidays in Greece. It is a revelation. He tells us here how he left a royal road with a guaranteed future to follow his passion.

 

Les collectionneurs et le Whitney Museum s’arrachent les œuvres de cette artiste canadienne de 31 ans vivant dans le Lower East Side à New York, un brin excentrique mais archi-douée. Mèche blonde tombante sur ses lunettes noires d’intello, Aurel Schmidt a une silhouette aussi reconnaissable que son art avec ses immenses dessins mixant pop culture, fluides corporels, (crayons de couleurs mais aussi sang, poils etc.), et humour.

De sa série « Drug Voodoo Dolls » en 2010 à la dernière présentée à la Half Gallery « Blast Furnace of Civilization », le diable se niche dans des détails très étudiés perdus dans des compositions à la Arcimboldo : derrière un déluge de fleurs ou dans les poils de bêtes fantastiques, on trouve par exemple des cigarettes, des vers comacs, des Budweisers ou du Coca, des dollars, des préservatifs ou des cafards. Perfectionniste, Aurel Schmidt produit peu car chacun de ses dessins lui demande des centaines d’heures de travail. Ce faisant, elle a un discours quasi-politique sur la surproduction, les dérives cinglées de notre époque ou le capitalisme perçu comme une nouvelle religion. Dessinant des chérubins au corps en poulet et en étoiles posent en Converse ou un magma immense de détritus elle ose, comme Baudelaire avant elle, trouver le Beau dans l’ordure, une mystique dans le déchet.

D.V.


Collectors and the Whitney Museum snapped the works of this 31 years old Canadian artist living in the Lower East Side in New York, an eccentric but so talented. Wiith a blond wick falling on his dark nerd eyeglasses, Aurel Schmidt is as recognizable as her art with its huge drawings mixing pop culture, weird body fluids (crayons but also blood, hair etc.), and humor.

From her 2010 series “Drug Voodoo Dolls” to the last presented at the Half Gallery “Blast Furnace of Civilization,” the devil is in very studied details often lost in Arcimboldo compositions behind a deluge of flowers or in fantastic beasts hairs : for example, cigarettes, to comacs, the Budweisers or Coca, dollars, condoms or cockroaches. Perfectionist, Aurel Schmidt produce little because each of her drawings asked hundreds of hours of work. In doing so, she has a quasi-political discourse about overproduction, wacky excesses of our time or capitalism seen as a new religion. Drawing cherubim body chicken and stars pose as Converse or a huge magma trash dare she, like Baudelaire before it, finding the Beau in filth, a mystic in the waste.

D.V.