Passionné d’histoire, d’archives et par l’underground urbain, l’artiste estonien Jaanus Samma multiplie les supports. Sélectionné pour représenter son pays à la 56ème Biennale de Venise, il a exposé photos, vidéos et documents inspiré par un directeur de kolkhoz soviétique déchu de son statut parce qu’il avait des pratiques homosexuelles. Formé à la gravure traditionnelle, il reprend dans sa série “Sweaters” des graffitis à connotations sexuelles qu’il a pu apercevoir à travers ses voyages en Europe pour les inscrire sur des pulls tricotés à la main. “J’ai voulu appliquer ces textes et images souvent offensants sur un support chaud et intime. Et finalement, lorsque le pull est porté, une chose qui était dessinée de façon anonyme devient soudain très individuelle.”

P.M.


Having a passion for history, archives and the urban underground the Estonian artist Jaanus Samma multiplies the mediums he works with. Selected to represent his country at the 56th Venice Biennale, he exhibited photos, videos and documents about the life of a Soviet kolkhoz chairman stripped of his status because he had homosexual practices. Trained in printmaking, in his series “Sweaters”, he goes back over graffiti with gay and sexual connotation he saw through his travels in Europe and inscribes it on handknitted sweaters. “I wanted to apply those often offensive texts and images to a medium that is warm and intimate. And finally, when the sweaters are worn, something that was drawn anonymously now becomes very personal.“

P.M.

Winter is coming mais Agata Oleksiak, dit Olek, n’a que faire des saisons. Que ce soit en plein hiver à New York ou sous la chaleur d’Hawaii pendant le festival Pow Wow, l’artiste polonaise n’arrête pas le tricot. Olek, qui vit à Brooklyn, est un ogre dont les pelotes dévorent tout sur leur passage. Particulièrement remarquée en 2010 lorsqu’elle a recouvert le fameux taureau de Wall Street sculpté par Arturo Di Modica, elle s’attache à mettre en lumière des objets ou des mobiliers du quotidien mais aussi des sculptures et des monuments historiques qui sont parfois tombés dans l’oubli, auxquels on ne fait plus attention. Elle crée ainsi un dialogue avec ces symboles ; une curiosité qui permet de rappeler la raison de leur présence. “Je pense que le crochet, et la façon dont je le crée, est une métaphore de la complexité et de l’interdépendance de notre corps et de ses systèmes et de sa psychologie. Les connexions sont plus fortes quand elle sont tissées plutôt que sous forme de liens séparés, mais, si vous coupez un fil, le tout tombera en morceaux.”

P.M.


Winter is coming, but Agata Oleksiak aka Olek, has nothing to do with the seasons. Whether in winter in New York or in the heat of Hawaii during the Pow Wow festival, the Polish artist does not stop knitting. Olek, who lives in Brooklyn, is an ogre whose yarns devour everything in their path. Particularly noticed in 2010 when she covered the famous bull of Wall Street carved by Arturo Di Modica, she aims to highlight objects or furniture from everyday life but also sculptures and historical monuments that sometimes fell into oblivion, and that we do not see anymore. She creates a dialogue with these symbols; a curiosity that can recall the reason for their presence. “I think crochet, the way I create it, is a metaphor for the complexity and interconnectedness of our body and its systems and psychology. The connections are stronger as one fabric as opposed to separate strands, but, if you cut one, the whole thing will fall apart.”

P.M.

 

Il est rare d’avoir deux passions et de pouvoir les suivre. L’américain Corey Arnold a réussi à concilier la pêche, qu’il exerce depuis son enfance et dont il a fait son métier, et la photographie un art qu’il pratique quotidiennement. Inspiré par le travail de Peter Beard, Sally Mann ou Joel Sternfeld il s’intéresse aux perceptions et aux rapports que l’homme a avec la Nature. L’artiste qui a notamment passé quatre ans en Norvège et sept ans en Alaska à pêcher dans la mer de Bering a rapporté des clichés des zones de pêche parmi les plus rudes et les plus reculées au monde. Une forme de cure du corps et de l’esprit pour lui : ”C’est tellement agréable de sortir et faire quelque chose de physique, cela rajuste complètement votre esprit. La pêche est parfaite pour ça ; je rentre chez moi fort et revigoré.”

P.M.


It is rare to have two passions and to follow them. The American Corey Arnold managed to reconcile fishing and photography. He’s indeed a fisherman, being introduced to fishing by his dad during his childhood, and a photographer exhibiting in fine art galleries. Inspired by the work of Peter Beard, Sally Mann and Joel Sternfeld he is interested in perceptions and relationships between man and nature. The artist who notably spent 4 years in Norway and 7 years in Alaska trawling in the Bering Sea took back shots of fishing grounds among the harshest and most remote in the world. A kind of cure to him, “It’s so nice to go out and do something physical, it completely readjusts your mind. Fishing is perfect for that, I come home strong and refreshed.“

P.M.

Avec ses silhouettes fantomatiques noyées, comme diluées au milieu de décors grandiloquents, les portraits de groupe de l’artiste irlandaise Genieve Figgis transforment les modèles en ombres, des taches noires figurant leurs orbites vides, leurs corps légèrement tordus jusqu’à en devenir grotesques. Dans son studio à County Wicklow, pas très loin de Dublin, elle imagine des scènes inquiétantes, se déroulant dans des demeures isolées où des messieurs posent sur leurs destriers et les femmes dans leurs boudoirs. Richard Prince a commencé il y a deux ans à la suivre sur Twitter ce qui a déclenché pour elle la publication de son premier livre “Making Love With the Devil” chez Fulton Ryder et une exposition à la Half Gallery à New York.
Très ironique, son travail revisite les peintures de Gainsborough, Fragonard, joue sur les codes des peintres de cour qui la fascinent comme Velázquez, Goya et Holbein. Derrière tout ça, la mort rôde évidemment, comme elle le dit elle –même : « la mort est à l’arrière-plan de tout, non ? »  Ces ombres-là fascinent, sorte de cauchemars moites, de mauvais rêves flamboyants mais déjà disparus, de souvenirs flous qui ne laissent derrière eux qu’un sentiment d’absurdité. Genieve Figgis appuie aussi sur la dimension humoristique de ses tableaux : « Quand nous sommes enfants, nous sommes endoctrinés avec une Histoire faite de faits et de dates. Je tente de ramener cela à la vie avec plus de réalité et de l’humour. En tant qu’Irlandais, vous vous devez d’avoir un vrai sens de l’humour. Certains pensent que mon travail est sombre, certains pensent qu’il est fou, certains pensent juste qu’il est hilarant. »
D.V.

With ghostly figures drowned as diluted amid grandiose sceneries, the group portraits of Irish artist Genieve Figgis transformed the models into shadows, black spots as their empty eye sockets, their slightly twisted body becoming grotesque. In her studio in County Wicklow, not far from Dublin, she imagines disturbing scenes, occurring in isolated houses where the men stand on their steeds and women in their boudoirs. Richard Prince began two years ago to follow her on Twitter what led  to the publication of her first book “Making Love With the Devil” at Fulton Ryder and to an exhibition at the Half Gallery in New York.
Very ironic, her work revisits the paintings of Gainsborough, Fragonard, plays on the codes of court painters who fascinate her, as Velázquez, Goya and Holbein. Behind all this, death lurks course, as she says « Well, death is in the background of everything, isn’t it? » These are fascinating shadows, sort of sweaty nightmares, flamboyant bad dreams or already missing, fuzzy memories that leave behind a feeling of absurdity. Genieve Figgis also relies on the humorous dimension of his paintings: “When we’re little we’re brainwashed with history that’s just facts and dates. I try to imagine it back to life with more reality and a sense of humor. Being Irish, you have to have a wicked sense of humor. Some think my work is dark, some think it’s crazy, some just think it’s hilarious.”
D.V.